Aventures littéraires et autres péripéties autour des livres

Coups de coeur et déceptions littéraires, bienvenue dans la bibliothèque d'une amoureuse des livres

08 octobre 2010

Tracy Chevalier - La Dame à la Licorne

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L’année dernière, j’avais profité de la présence de ma maman et de mon frère pour visiter le Musée du Moyen Âge et je dois dire que j’avais beaucoup apprécié la visite, cette période figurant depuis longtemps parmi mes préférées de l’Histoire de France. Pièces maîtresses du musée, les tapisseries de la Dame à la licorne m’avaient éblouie par leur finesse, leurs couleurs chatoyantes et la poésie qui s’en dégage. Nous avions passé un long moment dans la salle d’exposition à la lumière fortement tamisée, admirant les détails, le mille-fleurs donnant l’illusion d’être perdu au milieu d’un jardin luxuriant, les animaux disséminés dans le décor, l’effronterie des lapins, la grâce de la licorne et la beauté de la dame et de sa suivante. Profitant cet été du passage d’une très bonne amie, je n’ai pu m’empêcher de leur rendre une nouvelle visite et, parce qu’elles intriguent et excitent l’imagination, j’étais désireuse de savoir comment elles avaient inspiré Tracy Chevalier.

L’auteur nous emmène donc à la rencontre d’une famille, les Le Viste, dont le patriarche, Jean, ne cherche rien moins qu’à asseoir son importance à la cour, bien qu’il ne vive point prés du palais mais à proximité des marécages jouxtant St Germain des Prés. En quête de reconnaissance, Jean Le Viste cherche autant que faire se peut à démontrer sa richesse et, à cette époque, les tapisseries en sont un signe ostentatoire, tant elles requièrent un long et coûteux travail. Si elles servent à réchauffer les pièces et leur apporter couleurs et habillement, elles se doivent également de signaler la position d’une famille en reprenant ses armoiries et en véhiculant un message qui sera ainsi transmis aux visiteurs de la famille. Aussi, Jean Le Viste passe t’il commande d’une importante tapisserie pour habiller sa salle de réception. Pour cela, il fait d’abord appel à un peintre parisien, Nicolas des Innocents, connu à la cour pour réaliser de magnifiques portraits et auquel il confie ses exigences : la tapisserie devra représenter la bataille de Nancy dans laquelle devront apparaître le Roi, les armoiries des Le Viste et Jean Le Viste lui-même. Hélas, Louis XI n’a pas participé à cette bataille et le destin de la tapisserie prendra un tout autre chemin. D’une, elle deviendra six, et d’une bataille, elle aboutira en un chef d’œuvre connu sous le nom de Dame à la Licorne.

Premières tapisseries du genre, les représentations de la Dame à la Licorne susciteront une mode dont Tracy Chevalier tente d’imaginer le point de départ. Qui sont ces dames et que signifient les tapisseries ? Comment ce projet prend il forme et pour quelles énigmatiques raisons Jean Le Viste se laissa t’il convaincre de changer ses plans ? De leur ébauche à leur réalisation, l’auteur nous entraîne dans la conception de ces pièces uniques. D’abord peintes sur des toiles, comme de simples tableaux, elles doivent ensuite être reproduites sur les cartons des tapissiers et pour cela adaptées aux nécessités de leur nouveau format. Enfin, elles peuvent être brodées dans l’atelier des lissiers, dont les plus fameux se trouvent dans le Nord de la France et en Belgique. De Paris, elle nous conduit donc à Bruxelles, aux contacts des artisans, lissiers, teinturiers et de leurs Guildes aux stricts règlements. Mais l’histoire de ces Dames est capricieuse et elles ne seraient rien sans la passion des hommes, sans le jeu des sentiments et des illusions, sans le poids des conventions, sans la nécessité de gagner pitance et d’assurer la pérennité d’une maison et d’une réputation.

Tracy Chevalier conte, il est vrai, l’histoire de six tapisseries, mais à travers elle, c’est des hommes dont elle parle et d’une époque où rien n’est simple, où il faut savoir compter pour assurer la survie et l’influence de sa famille, qu’il s’agisse du monde impitoyable de la noblesse ou des ateliers de lissiers. Mais plus encore, Tracy Chevalier nous conte l’histoire de ces femmes, coupables de ne pas donner de descendance masculine à leur mari ou de donner naissance sans en avoir, de vouloir épouser l’objet de leur amour ou de se marier sans lui, de vouloir mener une vie de recluse ou d’être condamnée à jouer un rôle dans l’alliance financière et politique de deux familles. Ces femmes, qui n’ont aucun pouvoir, ce sont elles pourtant qui demeurent, dignes et délicates, traversant les siècles, immortalisées dans la beauté de leur jeunesse, détentrices des secrets de leur conception et ignorantes des desseins des hommes de leur époque, sur les tapisseries du Musée du Moyen Âge…

Posté par Isabelle A à 16:33 - CHEVALIER Tracy - [10] Aventuriers en goguette - Permalien [#]
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Aventuriers

    Second livre lu de Tracy Chevalier après "la jeune fille à la perle", j'ai adoré. Autant le sujet que le style. Tout à la fois histoire de l'art (ici la tapisserie et la peinture), histoire des Hommes, et histoire de la condition féminine.

    Posté par Petite Fleur, 09 octobre 2010 à 11:10
  • Je suis moi-même passionnée par cette période historique. Et récemment, j'ai acquis ce roman de Tracy Chevalier. Je pense le lire très bientôt. Au fait, si tu es amoureuse du Moyen Age, je te conseil les ouvrages de Régine Pernoud et de Jeanne Bourin (si tu ne les connais pas encore).

    Posté par Ellcrys, 09 octobre 2010 à 16:33
  • @ Petite Fleur : je rejoins parfaitement ton commentaire. Je n'ai pas lu "La jeune fille à la perle" mais un jour, pourquoi pas !

    @ Ellcrys : ah, le Moyen-Age est une période fascinante, tellement sombre et riche à la fois. Je ne connais pas les auteurs que tu cites, mais je les note !

    PS à vous deux : pour une raison que j'ignore vos commentaires sont apparus plusieurs fois, j'ai donc supprimé les doublons

    Posté par Isabelle, 10 octobre 2010 à 09:17
  • J'avais beaucoup aimé ce livre, je crois encore plus que "la jeune fille à la perle"

    Posté par Delphine, 11 octobre 2010 à 14:21
  • @ Delphine : je n'ai pas lu "La jeune fille à la perle" donc je ne peux pas comparer mais c'est vrai que celui-ci mérite d'être lu !

    Posté par Isabelle, 11 octobre 2010 à 19:35
  • Tiens, tu me fais penser que j'avais tenter de le lire lors du dernier RAT et que j'avais abandonné. C'était les dernières heures et le début du livre était trop ardu pour mes neurones fatiguées !
    Dès que je le retrouve dans mes cartons, je m'y colle... donc pas tout de suite quand même... faut être réaliste ! ;o)

    La jeune fille à la perle est fabuleux ! Depuis je ne regarde plus ce tableau de la même façon ! ;o)

    Posté par sandy, 12 octobre 2010 à 21:06
  • @ Sandy : oui tu devrais lui redonner une chance ! Je l'ai lu pendant mes vacances et j'ai adoré me plonger dans cette ambiance moyen-ageuse... La jeune fille à la perle me tente aussi mais pour plus tard !

    Posté par Isabelle, 16 octobre 2010 à 17:15
  • J'ai aimé, mais moins que la jeune fille à la perle. Je pense que si je ne l'avais pas lu juste après avoir admiré les tapisseries, j'aurais été beaucoup moins conquise.

    Posté par Karine:), 23 octobre 2010 à 15:55
  • @ Karine : je dois dire que lire le roman en connaissant les tapisseries lui donne indéniablement une autre dimension. Par contre, n'ayant pas lu la Jeune fille à la perle, je n'ai pas pu comparer!

    Posté par Isabelle, 28 octobre 2010 à 23:25
  • Je viens de le lire, et cela m'a donné l'envie pressante d'aller revoir ces tapisseries. Je n'avais pas mesuré leur complexité auparavant, même si je leur reconnaissais une grande qualité.

    Posté par akialam, 07 juillet 2011 à 08:05

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