Aventures littéraires et autres péripéties autour des livres

Coups de coeur et déceptions littéraires, bienvenue dans la bibliothèque d'une amoureuse des livres

25 septembre 2010

Persuasion - Jane AUSTEN

Persuasion

Portée par mon élan après le visionnage de « Pride and Préjudice » ou mue par un irrépressible besoin d’amour, je me suis lancée dans la lecture de « Persuasion » de Jane Austen. Mais lire Austen, c’est avant tout se préparer à pénétrer un autre univers, un monde désuet où il est question de grandes demeures et de la bonne société anglaise, de respect des convenances et des conventions, un monde dans lequel les hommes possèdent tout le pouvoir tandis que les femmes n’obtiennent ou ne maintiennent leur statut que par le mariage. Pour des femmes du XXIème siècle, cela paraît tellement démodé, lointain, irréel. Non seulement aujourd’hui elles ne sont plus exclusivement dépendantes de la gent masculine, mais les relations (et les mariages) se font et se défont au rythme des passions, bien souvent sans souci des convenances mais dans la simple recherche du bonheur immédiat et de l’épanouissement individuel. Alors forcément, plonger dans la lecture d’un roman de Jane Austen, c’est se confronter à une autre vision de l’amour. Car dans l’Angleterre du XVIIIème siècle, il n’est que rarement à l’origine d’une union quand les héroïnes d’aujourd’hui en font une véritable quête. Et pourtant sous la plume de l’auteur, il n’en est pas moins évident que, quel que soit le poids des conventions, que ce soit pour les jeunes femmes de ce siècle ou du notre, le cœur est et sera toujours assiégé par les émotions…

Avec « Persuasion », le lecteur fait connaissance avec Anne Elliot. Cette jeune femme, issue d’une famille de la bonne société, est une personne discrète, négligée depuis la mort de sa mère par un père et une sœur aînée imbus d’eux-mêmes, mais dont la pondération, la constance et l’intelligence suscitent l’affection de sa bonne amie, Lady Russell. Ces qualités, associées au charme et à la beauté, lui valurent d’être aimée par un séduisant officier de marine, le capitaine Frederick Wentworth dont elle fut fiancée. Hélas, le jeune homme ne fut pas jugé assez digne de la famille et la jeune fille, sous la pression de ses proches, rompit ses fiançailles. Huit ans plus tard, le bel officier réapparaît dans le voisinage, ayant fait fortune sur les mers. Devenu un bon parti, il semble chercher épouse parmi les amies d’Anne. Quant à ses sentiments à l’égard de cette dernière, ils semblent que le temps écoulé en aura eu raison tandis que la seule vue du beau capitaine aura suffit pour raviver une flamme jamais éteinte dans le cœur de la jeune femme.

Dernier roman publié de Jane Austen, « Persuasion » fait figure, pour certains de ces lecteurs, de préféré. Pour ma part, s’agissant seulement du deuxième roman que je lis de l’auteur, je me contenterai de dire qu’il est sans conteste un des romans les plus romantiques qu’il m’ait été donné de lire. Le titre en est, à mon sens, parfaitement bien trouvé, tant les personnages tâchent ici de se persuader de ce qui n’est pas. Anne se laisse persuader qu’épouser un jeune officier, certes en début de carrière mais sans le sou, représenterait un choix déraisonnable pour une jeune femme de sa condition. Wentworth, blessé par la rupture qui lui est infligée par la jeune fille, tente de se persuader lui-même que son amour pour elle s’est éteint. Après son retour, Anne est persuadée qu’il en est mieux ainsi puisqu’elle a été indigne de l’amour du jeune homme, tandis que Wentworth se persuade que la jeune fille n’a plus aucun sentiment pour lui. Comment rétablir la vérité lorsque les conventions ne vous permettent pas d’évoquer vos sentiments au grand jour ? Comment y parvenir lorsque vous faites l’objet des conseils et multiples influences dont vous assaille votre entourage ? Qu’il s’agisse de son amie, Lady Russell, ou de sa famille par l’intermédiaire de sa sœur cadette Mary, tous laissent penser à Anne que ses sentiments pour le Capitaine, que par ailleurs tout le monde ignore, ne sont pas partagés. Quant au pauvre Wentworth, il ne peut s’en remettre qu’à lui-même et interprète la distance d’Anne comme la preuve que ne subsiste en elle aucune trace des sentiments qu’elle lui avait dévoilés jadis.

Quelle merveilleuse héroïne que la belle Anne ! Si douce, si discrète, si humble ! Elle est la vertu incarnée, toujours en retrait et pourtant si pleine de bon sens. Elle est d’une compagnie paisible et agréable. Mais cette apparence sereine dissimule pourtant un cœur tourmenté, celui d’une jeune femme qui reste fidèle à son premier amour, tachant de l’étouffer mais se résignant pourtant à n’en éprouver aucun autre ! Elle est la quintessence de l’héroïne romantique, celle qui s’efface devant le bonheur des autres, taisant sa souffrance et renonçant à l’homme qu’elle aime. Elle l’a perdu pense t’elle. Car les sentiments de Wentworth ont disparu. Voilà bien le cœur de ce roman : la constance des sentiments. Deux jeunes gens qui, malgré les années, l’absence, la rupture et la douleur engendrée, restent pourtant profondément épris l’un de l’autre mais murés dans un silence imposé par le poids des relations sociales.

Cependant, il convient de souligner que Wentworth ne revient pas à Kellynch pour reconquérir Anne. Au contraire, il l’ignore, sans méchanceté mais avec distance et froideur. Quant à Anne, si cruellement blessée qu’elle soit par cette situation, elle n’affecte aucune émotion, renforçant ainsi la certitude de Wentworth sur la conduite à tenir. Jusqu’à l’évènement qui ravivera l’amour avec plus de force. Wentworth a-t-il, consciemment ou inconsciemment, voulu rendre Anne jalouse en se liant avec Louise Musgrove ? Anne s’est-elle rendue compte que le regard admiratif porté sur elle par Sir Walter ne laisserait pas son ancien fiancé indifférent ? On ne peut prêter à ces deux personnages aucune intention de raviver l’amour qu’ils éprouvaient jadis, et pourtant, le destin semble déterminé à les réunir. Si le trouble d’Anne nous est connu tout au long du récit, Jane Austen ne nous permet d’entrevoir les sentiments de Wentworth qu’à la fin de celui-ci par le biais de la lettre qu’il écrit à la jeune femme, laissant ainsi planer le doute sur ses réelles intentions. Et puis, c’est en se côtoyant en société que les deux jeunes gens prennent conscience de la profonde estime qu’ils éprouvent l’un pour l’autre ainsi que des admirables qualités de chacun quand autour d’eux ils ne voient que calcul, égoïsme et vanité. Mais soyez rassurés, avec Jane Austen, l’amour finit tout de même par triompher. Même des plus rigides des conventions ?

Cette lecture prend place dans le cadre du challenge English Classics de Karine !

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Posté par Isabelle A à 07:57 - AUSTEN Jane - [14] Aventuriers en goguette - Permalien [#]
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Aventuriers

    j'avais adoré cette lecture. Te souviens-tu de la description du père? en une phrase à peine, elle lui avait taillé un costard! excellente Jane Austen!

    Posté par Choupynette, 25 septembre 2010 à 11:29
  • Je n'ai toujours pas lu de Jane Austen, mais il faut vraiment que j'y remédie !
    En tout cas ton billet donne envie de découvrir cette auteur. Mais je pense commencer avec Orgeuil et Préjugés.

    Posté par Christelle, 25 septembre 2010 à 12:41
  • @ Choupynette : ah oui, le père ! Le vieux beau préoccupé par son apparence ! Plus futile que cet homme, tu meurs

    @ Christelle : J'ai adoré "Orgueil et Préjugés" ! Je pense aussi qu'il faut commencer par celui-là. J'espère que tu l'aimeras !

    Posté par Isabelle, 27 septembre 2010 à 14:21
  • Encore un Austen que j'avais beaucoup aimé (oui bon, je les ai tous aimé en fait lol)

    Posté par Hydromielle, 27 septembre 2010 à 14:31
  • Persuasion fait partie des titres que je n'ai pas encore lus de Jane Austen. Tu me mets l'eau à la bouche !

    Posté par Marie, 28 septembre 2010 à 12:24
  • Je ne lis ton avis qu'en diagonale car j'ai prévue de lire (ou relire) tout Jane Austen très bientôt. En tous cas, dès que j'aurais lu "Persuasion", je viendrais lire, plus attentivement, ton avis.

    Posté par Ellcrys, 29 septembre 2010 à 11:55
  • AH Jane Austen... J'ai dû tous les lire -et relire- mais je ne saurais pas dire lequel est mon préféré... Il faudrait que je les relise....

    Posté par Hélène, 30 septembre 2010 à 08:24
  • @ Hydromielle : ))

    @ Marie : j'espère que tu l'aimeras !

    @ Ellcrys : bon courage pour ton challenge personnel !

    @ Hélène : est-il vraiment indispensable d'avoir un préféré en même temps? Mais loin de moi la volonté de te dissuader de les relire ))

    Posté par Isabelle, 30 septembre 2010 à 09:55
  • Tu en parles tellement bien ! Bravo ! J'ai bcp aimé ce roman, l'héroïne est plus discrète mais gagne à être connue !

    Posté par Theoma, 08 octobre 2010 à 08:14
  • @ Theoma : Merci ! Pour l'héroïne, c'est vrai et je dois dire que j'aime sa conception de l'amour et sa constance, tout comme sa modestie. Peut-être manque t'elle juste un peu d'audace. C'est ce que j'avais aimé chez Elisabeth Bennet et qui, peut-être, m'a un peu manqué ici.

    Posté par Isabelle, 08 octobre 2010 à 16:35
  • ah la fameuse scène de la lettre... quelle émotion !!! j'adore ce roman

    Posté par yueyin, 17 octobre 2010 à 21:46
  • @ Yueyin : ah oui, j'en frémis encore d'émotion!

    Posté par Isabelle, 18 octobre 2010 à 11:06
  • Ah, ce roman! Ah, cette lettre!!! J'aime Austen, je pense!!

    Posté par Karine:), 23 octobre 2010 à 15:53
  • @ Karine : Comment ne pas l'aimer...?

    Posté par Isabelle, 28 octobre 2010 à 23:26

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